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Les dessins et collages de la série Words & Maux ont été réalisés sur les pages d’un dictionnaire bilingue français anglais édité par Larousse en 1977. Pourquoi un dictionnaire ? Peut-être parce qu’il représente à la fois le savoir et l’impuissance du langage.

 

J’étais enfant et déjà les mots m’étonnaient. Pas les phrases — les mots seuls, séparés, définis par d’autres mots qu’eux-mêmes. Depuis l’enfance, j’aime tourner les pages d’un dictionnaire, ce catalogue de mots sans phrases. J’affectionne ces pages où le mot cherche à se définir à l’aide des autres. Il ne raconte pas d’histoires, il les rend possibles. Le mot est ici entité en attente, seul, sans tribu, tel un individu qui cherche dans le regard de l’autre un rapprochement ou une définition de lui-même. J’aime cette tension, cette attente silencieuse. Cela me touche car ce mot-là, comme chacun de nous, ne prend sens que dans la relation.

Isolé qu’il est et sans contexte, je perçois sa solitude et son désir d’être activé par une voix. Mais lire une suite de mots par ordre alphabétique – sans lien de sens –, c’est parfois s’amuser à faire naître un poème absurde : rapprocher les mots d’un glossaire c’est composer une phrase farfelue, mystérieuse et bancale mais étrangement belle et poétique.

 

Ces suites de mots me disent également combien il est parfois difficile de trouver le mot juste pour dire une idée ou un sentiment. Le mot devient alors un mur, un leurre. Le langage trahit, les mots deviennent des maux.

 

C’est là que commence le besoin d’un autre langage : celui de la couleur. La couleur touche ce que le mot échoue à saisir. Poser de la couleur sur un dictionnaire, c’est ouvrir une brèche dans le mur de la page pour que la lumière passe. Dessiner sur le dictionnaire, ce n’est pas le profaner, c’est lui offrir une autre voix, c’est superposer mon langage au sien, en forme de réponse intime. Je pose des pigments pour les aimer, pour qu’ils me fassent signe. Le papier jauni devient ainsi une surface de réconciliation.

Sélection d’œuvres disponible sur demande.

Selected works available upon request.

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The drawings and collages in the Words & Maux series were created on the pages of a French–English bilingual dictionary published by Larousse in 1977.

Why a dictionary? Perhaps because it embodies both knowledge and the limitations of language.

 

Even as a child, I was fascinated by words. Not sentences—words alone: isolated, separated, defined by other words. Since childhood, I have loved turning the pages of a dictionary, that catalogue of words without sentences. I am drawn to these pages where each word seeks to define itself through others. It does not tell stories; it makes them possible. Here, the word exists as an entity in waiting—alone, without a community—much like an individual searching, in the gaze of another, for recognition or definition. I am moved by this tension, this silent expectancy, because the word, like each of us, only takes on meaning through relationship.

 

Isolated and without context, I sense the word’s solitude and its desire to be activated by a voice. Yet reading a succession of words in alphabetical order—without logical connection—can become a playful act, giving rise to an absurd poem. Bringing glossary words together is a way of composing a sentence that is clumsy, mysterious, and unbalanced, yet strangely beautiful and poetic.

 

These sequences of words also speak to me of how difficult it can be to find the right word to express an idea or a feeling. At times, the word becomes a wall, a deception. Language falters; words turn into wounds.

 

This is where the need for another language begins: the language of color. Color reaches what words fail to grasp. Applying color to a dictionary is like opening a breach in the wall of the page, allowing light to pass through. Drawing on the dictionary is not an act of desecration; it is an offering—an attempt to give it another voice, to layer my own language over its own as an intimate response. I place pigments as a gesture of affection, so that the words might answer back. The yellowed paper becomes, in this way, a surface of reconciliation.

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